Extraits du livre de A. Richir

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Yves Bodart

Yves Bodart

 


Yves Bodart naît à Louvain en 1924, dans une famille nombreuse de la haute bourgeoisie. En mai 1940, la Belgique est envahie et conquise. Yves ne peut se résoudre à accepter l’occupation nazie.


Durant ses humanités au collège Saint-Pierre à Louvainj, il se porte volontaire au sein d’un réseau de résistance pour distribuer tracts et journaux clandestins.

En janvier 1941, il est dénoncé et arrêté en pleine journée de cours dans la plus grande indifférence, pour ne pas dire complicité, du corps professoral. Sa famille, prétextant son jeune âge, parvient à le faire sortir de prison au bout de six semaines.

Vu l’attitude ambiguë du collège Saint-Pierre, dès mars 1941, il poursuit ses études à l'Abbaye de Loppem. Il y devient, avec le soutien inconditionnel d’un de ses professeurs, un agent de renseignements ; il informe la résistance des mouvements des troupes allemandes à la côte.

En juillet 1942, fin d’année scolaire, le collège, considérant qu’il est un sujet à risques, le renvoie.


Yves, craint, vu son engagement, qu’il ne devienne gênant pour son entourage, et décide de rejoindre l’Angleterre.

Dès la fin de juillet 1942, Yves tente de rejoindre l’Angleterre par la France « libre ». Il passe la ligne de démarcation, caché dans le tender d’un train.

Il croit pouvoir compter sur l’assistance du clergé de l’endroit qui l’héberge, mais qui va, en même temps, le livrer aux instances pro-allemandes du Maréchal Pétain.


Emprisonné, il parvient à être libéré grâce à l’intervention de la Croix-Rouge, mais sous la condition de poursuivre ses études à Evian auprès d’un ami de sa famille.


Une fois à Evian, il fait fi des conditions qu’on lui impose et rejoint le maquis de Savoie d’où il participe au transfert des fugitifs qui tentent de gagner la Suisse par le lac Léman.

Ces actions vont le mener à une tentative d’évasion vers l’Angleterre par la Suisse.

La route par la Suisse vers le port de Trieste en Italie, empruntée par nombre de fugitifs qu’il a aidés, lui semble un chemin tout tracé. Il obtient un passeport suisse et atteint Trieste où il se fait arrêter par les autorités italiennes comme déserteur « Suisse ».


Rendu à la Suisse, il est incarcéré à la prison de Neuchâtel, dont il s’évade.

Entre-temps, la France « libre » est devenue occupée, le passage vers l’Angleterre est de plus en plus compromis.
En décembre 1942, de retour au maquis de Savoie, il prépare avec l’aide du réseau et trois autres compagnons la traversée des Pyrénées, aux fins d’atteindre Gibraltar par l’Espagne.

A son arrivée les détenus diront qu’un rayon de soleil leur est tombé du ciel …

Ce n’est que le 3 septembre 1943 , qu’il est libéré et peut gagner Gibraltar. Il arrive en Angleterre le 7 décembre 1943.

Un matricule d’incorporation lui est donné à Gibraltar. Il suit ensuite un entrainement général de remise en condition physique dans les Belgian Training Schools (BTS). Après avoir réussi examens et tests d’aptitude, il est accepté comme candidat élève pilote en mars 1944, il rejoint alors l’Initial Training Wing (ITW) près de Cambridge. Ce n’est que le 30 juillet 1944, à l’école de pilotage élémentaire de Sywell, qu’il effectue son premier vol au sein de la 103.

La traversée du massif en hiver est un vrai calvaire. Le 25 décembre 1942, le groupe, à peine en Espagne, est intercepté. Il s’ensuit une échauffourée avec les gardes-frontière espagnols. Yves est blessé, un de ses compagnons est tué. Il est interné sans ménagement et souffrant de pneumonie au camp de MIRANDA ; d’où, après trois mois de mauvais traitements, vu son état de santé, il est transféré à la prison de Barcelone « Carcel Modelo Barcelone ». 

La Force Aérienne étant en structuration…, entre janvier et mai 1947, il doit se contenter de voler sur les avions disponibles en Belgique. Le 10 avril, il effectue son solo sur HURRICANE, en Belgique. C’est finalement  le 23 mai 1947, qu’il décolle en SPITFIRE depuis Beauvechain à la 350.

Le 11 juin 1950, Yves participe à la fête nationale française de l’Air à ORLY.

Il y présente, en tant que leader, le peloton acrobatique sur METEOR. Le 25 juin, il mène le peloton au meeting international de DEURNE.

Une année plus tard, en juillet 51, il participe au premier pentathlon  aéronautique militaire à Namur.

La Belgique termine en troisième position au palmarès international.

Il récidive en août 1952, mais cette fois classe l’équipe militaire belge en première place du pentathlon.

En dehors des missions classiques dévolues à l’escadrille, il s’entraine pour son solo acrobatique.

L’état-major de la Force Aérienne le qualifie d’ « excellent » et de « brillant.

Sa prestation acrobatique, lors du meeting OTAN d’Evere le 13 juillet 1952 assoit sa réputation de pilote d’exception.

Il coupe un moteur à basse altitude vole en crabe, et le rallume face aux tribunes, provoquant derrière lui une longue trainée de kérosène enflammé.

La même démonstration en Meteor au show international d’Ypenburg le consacre en Europe en 1952. Yves devient l’obligé des meetings.

En mars 1955, il prend le commandement de la 4ème escadrille à Beauvechain

L’équipe de l’escadrille remporte le pentathlon aéronautique de la Force Aérienne. Yves Bodart constitue l’équipe nationale et remporte cette fois le pentathlon international. 
En mars 1957, la 4ème escadrille est dissoute peu après sa conversion sur HUNTER IV.

En 1958, il dirige le Centre de Contrôle aérien de Glons.

La Force Aérienne ne pouvant courir aucun risque, face à la concurrence de la Force Terrestre, envoie, en janvier 1959, son « meilleur cheval de bataille »  Yves Bodart à Fort Bliss aux Etats Unis pour suivre les cours missiles.

En juillet 1959, au test de qualification sur le site de Mac Gregor aux U.S.A., les résultats du personnel mené par Yves Bodart sont spectaculaires : sur 12 missiles tirés (8 Ajax et 4 Hercules) onze détruisent leur objectif.

Le 6 octobre 1959, Yves Bodart crée le 3ème Wing d’Engins téléguidés sol-air (3 WETSA) à Elsenborn.
En décembre, le 3 WETSA est déclaré opérationnel et devient le premier bataillon de missiles sol-air non américain déployé sur le continent européen. En 1960, le 3 WETSA prend la désignation de 13 WETSA. L’unité est classée en tête des unités missiles de l’OTAN. Le 26 mars 1961, Yves Bodart est nommé Lieutenant Colonel.

Il déploie le 13 WETSA de Elsenborn (Bierset) à Düren en 1962, peu avant son retour à Beauvechain.

Le 27 juin 1962, il rejoint Beauvechain en tant que Commandant du Groupe de Vol pour la mise en oeuvre du chasseur bisonique le STARFIGHTER. Il prend André Richir comme adjoint (ce dernier ayant été rejeté de l’Ecole de Guerre pour « esprit non conforme, ne convient pas comme officier d’état-major »).


Le jeudi 26 juillet, lors d’une mission à Solenzara, peu après son décollage,  il disparait des écrans radar au large de l’ile Rousse. Une panne d’oxygène à haute altitude a provoqué l’inconscience (hypoxie) du pilote. Son CF100 est parti en piqué et s’est désintègré au contact de la mer.

Un regard, un sourire

Tu partis sans mot dire

Nous laissant incertains

Du futur, du destin…


Ton souci d’excellence

Des défis l’alternance
Allumaient la passion
De nos coeurs sous tension

Tu attisais dans nos vies

Le feu sacré de l’envie

D’aller toujours plus loin

Dans le ciel des humains.


A l’angoisse du monde

A sa stupide faconde

Tu opposais le feu

D’un vol impétueux.

Ton explosion finale

Etait loin de banale

Dans l’espace et le temps

Elle brûle infiniment.

Au C.O. de la Quatrième